Le poète brésilien Marcos SISCAR a été notre invité en 2005 pour une résidence d’écriture à La Rochelle. Suite à ce séjour, les éditions Le Temps qu’il fait ont publié, en novembre 2007, un recueil intitulé Le Rapt du silence, traduit par l’auteur et Raymond BOZIER.
Un extrait du Rapt du silence (p. 28-29) :
A VÍTIMA
Guardo com zelo suas últimas palavras. Antes de sentir a implosão de dentro das veias. Antes do zunir irresistível das têmporas. Antes do projétil quente dentro do crânio. Antes do alagar inaceitável dos pulmões. Antes de se ver vindo do alto, antes de sentir a pupila queimando. Antes do esmagamento da fronte, antes do frio incisivo da lâmina, do delírio, do descanso. Antes de se ver encurralado, de abandonar-se, de olhar em torno e não ver ninguém. Antes de não ver mais nada. Guardo com zelo a corrente de sangue invadindo o estômago. O fluxo de oxigênio ativando os músculos. Com zelo, o distender desordenado do músculo e o urro diante do irreversível. Guardo suas últimas palavras com delicadeza, tatuadas a ferro no meu corpo, escondidas sob o travesseiro, atravessando os líquidos, peroladas de silêncio e de ênfase.
LA VICTIME
Je garde ses derniers mots avec zèle. Avant la sensation d’implosion à l’intérieur des veines. Avant le bourdonnement irrésistible dans les tempes. Avant que le projectile brûlant entre dans le crâne. Avant l’inondation irrésistible des poumons. Avant de se voir venir de haut, avant de sentir la pupille brûler. Avant l’écrasement du front, avant le froid incisif de la lame, avant le délire et le repos. Avant qu’on ne soit pris dans l’impasse, qu’on ne s’abandonne, qu’on regarde autour de soi et ne voie personne. Avant de ne plus rien voir. Je garde le flot de sang qui envahit l’estomac avec zèle. Le flux d’oxygène qui active les muscles. Je garde avec zèle la rupture désordonnée des muscles et le hurlement de l’irréversible. Je garde ses derniers mots avec délicatesse, avec rage, tatoués au fer rouge sur mon corps, cachés sous l’oreiller, traversant des liquides, emperlés de silence et d’emphase.
Marcos SISCAR est né à Borborema, Etat de São Paulo, en 1964.
Il fait des études de Lettres, se consacre plus particulièrement à la Littérature française et séjourne de ce fait régulièrement à Paris. Après une Maîtrise sur Tristan Corbière, il soutient son mémoire de DEA puis sa thèse, sur l’œuvre de Jacques Derrida, à l’Université de Paris 8. En 2003, c’est sous la direction de Derrida lui-même qu’il mène des travaux de recherche sur l’œuvre de Baudelaire à l’EHESS à Paris.
Directeur de revues, il est actuellement l’éditeur de la Revista de Letras (revue de l’Université de l’Etat de São Paulo spécialisée dans les études littéraires, fondée en 1960) et l’un des éditeurs de la revue luso-brésilienne Inimigo Rumor. Il travaille actuellement comme professeur de Théorie de la Littérature à l’Université de l’Etat de São Paulo, à São José do Rio Preto.
Le poète brésilien a été de nouveau notre invité en octobre 2008. Lire le texte écrit à cette occasion à l’invitation du Musée du Nouveau Monde de La Rochelle.








