Rencontres à La Rochelle avec le poète brésilien Marcos SISCAR
Vendredi 10 octobre, 18h30, Centre Intermondes, 11 bis rue des Augustins, La Rochelle.
Sur la publication de son recueil poétique Le Rapt du silence (Le Temps qu’il fait, 2007), élaboré à l’occasion de son résidence d’auteur à La Rochelle en 2005, et traduit du portugais avec l’aide de Raymond BOZIER.
Dimanche 12 octobre, 15h30, Musée du Nouveau Monde, 10 rue Fleuriau, La Rochelle.
Marcos SISCAR a été invité par le Musée du Nouveau Monde à écrire un texte sur un objet qui y est exposé ou un thème qui y est développé. Il a lu ce texte in situ et conversé sur ses choix et partis-pris d’écriture avec le public.
Lire le texte de Marcos SISCAR.
Marcos SISCAR est né à Borborema, Etat de São Paulo, en 1964. Il fait des études de Lettres, se consacre plus particulièrement à la Littérature française et séjourne de ce fait régulièrement à Paris. Après une Maîtrise sur Tristan Corbière, il soutient son mémoire de DEA puis sa thèse, sur l’œuvre de Jacques Derrida, à l’Université de Paris 8. En 2003, c’est sous la direction de Derrida lui-même qu’il mène des travaux de recherche sur l’œuvre de Baudelaire à l’EHESS à Paris.
Directeur de revues, il est actuellement l’éditeur de la Revista de Letras (revue de l’Université de l’Etat de São Paulo spécialisée dans les études littéraires, fondée en 1960) et l’un des éditeurs de la revue luso-brésilienne Inimigo Rumor. Il travaille actuellement comme professeur de Théorie de la Littérature à l’Université de l’Etat de São Paulo, à São José do Rio Preto.
Il est marié et est père d’un enfant.
Bibliographie
Œuvre poétique :
Não Se Diz, éditions Sette Letras, Rio de Janeiro, 1999
Prends ton café et va-t-en, éditions Sette Letras, 2001
Metade da arte, Rio : 7 Letras / São Paulo : Cosac & Naify, 2003.
Ce recueil regroupe des poèmes déjà publiés et deux livres inédits. Il vient d’être retenu parmi les 10 finalistes du Jabuti, le plus important prix littéraire brésilien, dans la catégorie “Poésie”.
Traductions de poème de Marcos Siscar en français dans l’anthologie 18+1 poètes contemporains de langue portugaise, dirigée par Pierre Rivas, Nuno Júdice et Jorge Maximino, Editions Chandeigne (Paris, 2000), trad. Michel Riaudel.
Le Rapt du silence, Editions Le Temps qu’il fait 2007.
Essais et articles sur la littérature et la traduction :
Jacques Derrida. Rhétorique et Philosophie (L’Harmattan, 1998)
“La passion ingrate”, in L’Animal Autobiographique (Autour de Jacques Derrida), sous la direction de Marie-Louise Mallet (Paris, Galilée, 1999)
“Le Précédent - Le ton de la voix chez Paul Valéry”, in Mallarmé Valéry, sous la direction de Serge Bourgea (Montpellier, Université Paul Valéry, 1999)
“Lectures de la déconstruction”, dans la revue electronique Tympanum (Californie, EUA, 2000).
Le texte “Le cœur renversé” a été publié en 2004 dans le Cahier de l’Herne dédié à Jacques Derrida.
Traductions :
Os amores amarelos (étude et traduction d’une anthologie des Amours Jaunes, de Tristan Corbière, Ed. Iluminuras, 1996)
A rosa das línguas (étude et traduction d’une anthologie des poèmes de Michel Deguy, Ed. Cosac & Naify, 2004, avec Paula Glenadel).
Animaux de tout le monde, de Jacques Roubaud (à paraître)
Traductions pour livres ou revues au Brésil de poèmes de Herbert Read, Eugenio Montale, Max Ernst, Guillaume Apollinaire, Nathalie Quintane, Michel Deguy, Jude Stéfan, Philippe Beck ; d’essais de Michel Deguy, Jacques Derrida, Jacques Roubaud, etc.
Extrait du Rapt du Silence, Le Temps qu’il fait 2007 (p. 28-29)
A VÍTIMA
Guardo com zelo suas últimas palavras. Antes de sentir a implosão de dentro das veias. Antes do zunir irresistível das têmporas. Antes do projétil quente dentro do crânio. Antes do alagar inaceitável dos pulmões. Antes de se ver vindo do alto, antes de sentir a pupila queimando. Antes do esmagamento da fronte, antes do frio incisivo da lâmina, do delírio, do descanso. Antes de se ver encurralado, de abandonar-se, de olhar em torno e não ver ninguém. Antes de não ver mais nada. Guardo com zelo a corrente de sangue invadindo o estômago. O fluxo de oxigênio ativando os músculos. Com zelo, o distender desordenado do músculo e o urro diante do irreversível. Guardo suas últimas palavras com delicadeza, tatuadas a ferro no meu corpo, escondidas sob o travesseiro, atravessando os líquidos, peroladas de silêncio e de ênfase.
LA VICTIME
Je garde ses derniers mots avec zèle. Avant la sensation d’implosion à l’intérieur des veines. Avant le bourdonnement irrésistible dans les tempes. Avant que le projectile brûlant entre dans le crâne. Avant l’inondation irrésistible des poumons. Avant de se voir venir de haut, avant de sentir la pupille brûler. Avant l’écrasement du front, avant le froid incisif de la lame, avant le délire et le repos. Avant qu’on ne soit pris dans l’impasse, qu’on ne s’abandonne, qu’on regarde autour de soi et ne voie personne. Avant de ne plus rien voir. Je garde le flot de sang qui envahit l’estomac avec zèle. Le flux d’oxygène qui active les muscles. Je garde avec zèle la rupture désordonnée des muscles et le hurlement de l’irréversible. Je garde ses derniers mots avec délicatesse, avec rage, tatoués au fer rouge sur mon corps, cachés sous l’oreiller, traversant des liquides, emperlés de silence et d’emphase.






